Au petit matin, l'homme entre dans sa chambre de pension chèrement louée. C'est Mai 49. Le 21. Ce jour-là, comme tant d'autres avant lui, s'annonce pluvieux, très pluvieux pour la saison. Noctambule multi-récidiviste, l'homme tangue sur une mer d'alcools forts et de poudre blanche. Fin de tournée des Grands-Ducs. Le Zanzi-Bar, les Trois-Cloches puis les derniers bécots sur la plage du côté de la Batterie avec Thémis, l'éphèbe des Cyclades Louis-le-Marseillais et Johnny, son bel Oiseau. Chargé d'excès, étique et rieur malgré lui, il est beau de ce beau racé, arboré jusqu'à la préciosité. L'homme se couche comme ça vient. Chemise maculé de gin, bottines à tiges érodées par le sel, le sable. Il se fait appeler Klaus. Il est Bavarois, caché? exilé? flanqué? Une vague impression. Un tiré de draps sec, un râlé sourd. Il dort déjà. Par ici, la rumeur dit qu'il est connu ou sur le point de l'être. Fils de, ou quelque chose comme ça. Sa voisine de chambre, Frau Norten est une pie impénitente. A moins que ce ne soit sa logeuse qui propage, Miss Lily. Le Pavillon de Madrid, c'est le nom qu'elle a donné à sa villa florentine. Une belle villa, de la lumière, de l'espace, un parc arrosé, bref, une sorte d'exutoire qu'elle a momentanément bradé, en 1943, pour 80 000 francs, à l'occupant allemand avide de réquisitions luxueuses. La Miss se nomme MEDEM. "Comme Otto, Hannah, "MEDEM", une identité chantante à l'envers comme à l'endroit...un palindrome naturel pour nom propre!" Lui, l'inverti, note toujours ce genre de détails. Un tic parmi d'autres cautionnant ses névroses, nombreuses. Lily Medem est une comtesse russe, très blanche qui parle beaucoup, beaucoup trop dans les salons du Tout-Cannes. Mais elle sait tant recevoir, si bien parler poésie avec son accent yiddish, qu'on lui pardonne tout. On va jusqu'à dire et penser qu'elle fut une ancienne espionne de l'Ostrahka, la police du Tsar, du temps de ses derniers soupirs. A Cannes, on dit beaucoup.

Klaus s'est réveillé en sursaut. Midi moins le quart. Il est encore ivre. Stuff. Grosse prise. Touche son manuscrit pour la énième fois. Nouveau départ d'une petite heure. Ce n'est pas bon, il faudra recommencer. Au moins, il a déjà le titre de l'histoire : The Last Day. Beaucoup de notes liminaires à ce travail de fond, des piles de livres lus, à lire, à relire jouxtent les plinthes d'une chambre devenue étouffante. Du Gide, du Mailer, du Bowen et des épreuves raturées sur un court texte intitulé "Cocteau et l'Amérique". Il n'aime pas son texte, c'est bavard. Il ne s'aime plus, n'aime plus "être allemand" après les camps et les massacres des "Nihilistes". Pense à un suicide de civilisation. Le téléphone vibre. C'est Doris. Déjeûner calé, demain, au Pic-Nic. Bruno et Maggio passeront peut-être. Il appelle Francesca pour des photos qu'il a pris soin de payer comptant. Raccroche assez vite. Puis tout s'accélère. La saignée du coude fluidifiée, une piqûre. Tout ira mieux maintenant. DrogenKonzum.

Klaus s'est réveillé en sursaut. Midi moins le quart. Il est encore ivre. Stuff. Grosse prise. Touche son manuscrit pour la énième fois. Nouveau départ d'une petite heure. Ce n'est pas bon, il faudra recommencer. Au moins, il a déjà le titre de l'histoire : The Last Day. Beaucoup de notes liminaires à ce travail de fond, des piles de livres lus, à lire, à relire jouxtent les plinthes d'une chambre devenue étouffante. Du Gide, du Mailer, du Bowen et des épreuves raturées sur un court texte intitulé "Cocteau et l'Amérique". Il n'aime pas son texte, c'est bavard. Il ne s'aime plus, n'aime plus "être allemand" après les camps et les massacres des "Nihilistes". Pense à un suicide de civilisation. Le téléphone vibre. C'est Doris. Déjeûner calé, demain, au Pic-Nic. Bruno et Maggio passeront peut-être. Il appelle Francesca pour des photos qu'il a pris soin de payer comptant. Raccroche assez vite. Puis tout s'accélère. La saignée du coude fluidifiée, une piqûre. Tout ira mieux maintenant. DrogenKonzum.
Klaus meurt vite. Klaus est mort. Vive Klaus Mann. Indicatif imparfait. Il n'aimait plus discourir, n'aimait plus le cinéma, les gens snobs et dîner fin. Lasser par l'allure, le chic, le provocant et l'outragé. Dandy perdu. Juif trop errant. Pourtant qu'est-ce qu'il aimait Cannes. Il aura su y mourir.
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