février 28, 2012

SELBSTMORD..



Au petit matin, l'homme entre dans sa chambre de pension chèrement louée. C'est Mai 49. Le 21. Ce jour-là, comme tant d'autres avant lui, s'annonce pluvieux, très pluvieux pour la saison. Noctambule multi-récidiviste, l'homme tangue sur une mer d'alcools forts et de poudre blanche. Fin de tournée des Grands-Ducs. Le Zanzi-Bar, les Trois-Cloches puis les derniers bécots sur la plage du côté de la Batterie avec Thémis, l'éphèbe des Cyclades Louis-le-Marseillais et Johnny, son bel Oiseau. Chargé d'excès, étique et rieur malgré lui, il est beau de ce beau racé, arboré jusqu'à la préciosité. L'homme se couche comme ça vient. Chemise maculé de gin, bottines à tiges érodées par le sel, le sable. Il se fait appeler Klaus. Il est Bavarois, caché? exilé? flanqué? Une vague impression. Un tiré de draps sec, un râlé sourd. Il dort déjà. Par ici, la rumeur dit qu'il est connu ou sur le point de l'être. Fils de, ou quelque chose comme ça. Sa voisine de chambre, Frau Norten est une pie impénitente. A moins que ce ne soit sa logeuse qui propage, Miss Lily. Le Pavillon de Madrid, c'est le nom qu'elle a donné à sa villa florentine. Une belle villa, de la lumière, de l'espace, un parc arrosé, bref, une sorte d'exutoire qu'elle a momentanément bradé, en 1943, pour 80 000 francs, à l'occupant allemand avide de réquisitions luxueuses. La Miss se nomme MEDEM. "Comme Otto, Hannah, "MEDEM", une identité chantante à l'envers comme à l'endroit...un palindrome naturel pour nom propre!" Lui, l'inverti, note toujours ce genre de détails. Un tic parmi d'autres cautionnant ses névroses, nombreuses. Lily Medem est une comtesse russe, très blanche qui parle beaucoup, beaucoup trop dans les salons du Tout-Cannes. Mais elle sait tant recevoir, si bien parler poésie avec son accent yiddish, qu'on lui pardonne tout. On va jusqu'à dire et penser qu'elle fut une ancienne espionne de l'Ostrahka, la police du Tsar, du temps de ses derniers soupirs. A Cannes, on dit beaucoup.


Klaus s'est réveillé en sursaut. Midi moins le quart. Il est encore ivre. Stuff. Grosse prise. Touche son manuscrit pour la énième fois. Nouveau départ d'une petite heure. Ce n'est pas bon, il faudra recommencer. Au moins, il a déjà le titre de l'histoire : The Last Day. Beaucoup de notes liminaires à ce travail de fond, des piles de livres lus, à lire, à relire jouxtent les plinthes d'une chambre devenue étouffante. Du Gide, du Mailer, du Bowen et des épreuves raturées sur un court texte intitulé "Cocteau et l'Amérique". Il n'aime pas son texte, c'est bavard. Il ne s'aime plus, n'aime plus "être allemand" après les camps et les massacres des "Nihilistes". Pense à un suicide de civilisation. Le téléphone vibre. C'est Doris. Déjeûner calé, demain, au Pic-Nic. Bruno et Maggio passeront peut-être. Il appelle Francesca pour des photos qu'il a pris soin de payer comptant. Raccroche assez vite. Puis tout s'accélère. La saignée du coude fluidifiée, une piqûre. Tout ira mieux maintenant. DrogenKonzum.



Klaus meurt vite. Klaus est mort. Vive Klaus Mann. Indicatif imparfait. Il n'aimait plus discourir, n'aimait plus le cinéma, les gens snobs et dîner fin. Lasser par l'allure, le chic, le provocant et l'outragé. Dandy perdu. Juif trop errant. Pourtant qu'est-ce qu'il aimait Cannes. Il aura su y mourir.

février 15, 2012

SNOBIPOLIS (I)

..." Hôtels d'une richesse aride, d'un éclat cruel, d'une tristesse violente, d'une beauté véritablement atroce"...( Paul Morand)...

février 11, 2012

INVENTAIRE A LA PREVERT..

Cannes- fin juillet/début août 40. Cours de matinée. En espadrilles, tricot de marin et casquette de loup de mer. Prévert a rendez-vous avec un producteur à cigares et Reichmarks. Greven, gueule d'Allemand romantique. Alfred Greven, Continental-Films. Officine cinématographique de Joseph Goebbels. Prévert-Goebbels. Sans rapport apparent. Prévert pense aux copains, faire bosser les copains (Nénesse Wheeler, Jo Cosma, Alex, vous savez?, Trauner, le décorateur...), sur-altruiste alors qu'il est lui-même, question bectance et radis, en "rade de carbure". Piger, rencarder, tuyauter. Les copines aussi, dixit Claudie Carter qui s'emmerde à bronzer, avant d' mourir dans les draps trop blancs du Castille. Greven pense recruter malin, habile. Une proposition. Faust dans le texte. Goethe et l'art des affinités, comment dirais-je...électives. "Vous avez les moyens... une liberté totale..notre objectif: concurrencer les Américains!" Une invite à déjeuner pour finaliser. La Terrasse-sud du Grand-Hôtel. Un menu du jour. Pageot d'arrivage bien grillé. Sabayon de céleri. Crème au fenouil. Avant les grandes restrictions, faut savoir profiter. Prévert déboute, reprend sa route avant de saluer. Répartie. Jubilation. Il ajoute:



- Vous avez déjà perdu! Parce que vous n'avez pas de Juifs avec vous (...) Voyez Hollywood! On ne fait pas de cinéma sans eux...



Les deux hommes se quittent. Greven acquiesce. Prévert sifflote. Un salut d'la main sans même se tourner. Ah oui...j'oubliais! Contacter "Pauvrecé" ou Aurenche. Ils auront du monde pour vous! Cela dit...même confession sans concession. J'en vois deux! Un Juif de Bulgarie qu'on appelle Riri dans l'milieu. Il a ses entrées chez Berthomieu et marche bien avec Chenal comme assistant-réal'. L'autre, c'est Jipé Dreyfus.. faites gaffe, un Coco de première passé par l'Espagne et la clique de Vaillant-Couturier. N'en faites pas vot'chat noir...Me sauve

février 09, 2012

CANNES I HELP YOU?

Un sale penchant pour le name-dropping. On ne se r'fera jamais. Le name-dropper aime les listes. Les nomenclatures de tout et de rien...d'enseignes à se bâfrer, de rades pour picole à gogo, d'annuaires d'associations en tout genre (retraités du cinéma, crypto-franc-maçons etc, même si confesse une prédilection pour les anciens élèves de Grandes Ecoles) Oubliais les clubs huppés avec leurs agapes à la chaîne. Les Petits Lits blancs, le Tennis-Club Gallia avec les passing-shot de Suzanne Lenglen et les lobes, ah oui, les lobes d'Yvon Petra. Un petit dernier pour la route, promis. Du encore plus sérieux, celui-là. Un club de "billionnaires" (sic): LE MOTOR YACHT-CLUB de la Côte d'Azur. Date de création: octobre 1946. 300 membres, pas un de plus, pas un de moins, et parmi eux, l'Aga Khan, le Bey de Tunis, Lord Mounbatten...ça m' reprend...en pleine crise...ça va me passer. Le patron du club? Un comte tout juste sorti de taule. Fauché en novembre 1944 par le mal du pays, le fait de Collaboration. Deux patronymes illisibles. Il se prénomme Edme. Sur un argentique de Pierre Galante, ça p'lote sévère à l'arrière-plan du big-boss. La "mascot" du Club, Suzanne, suisse, mannequin à la mode, les seins quasi à l'air dévorés des yeux par le roi du textile belge et le plus brillantissime des importateurs de vins portugais. Expire. Retour d'un débit plutôt calme. Fin de crise.

COURAGE, FUYONS..


Saison mélancolique d'une année noire. 1942? 1943? Pages écornées, gondolées par les heures de séchage en bordure de piscine. L'ombre de 18h30 est là, une fois le soleil décampé derrière le toit chaulé de la Bonne Auberge. Frisson. Cherche marque-pages. Je lis: « (…) Un soir de novembre, des bersagliers prirent possession au pas de course du Golfe. Quelques mois plus tard, ce furent les Allemands. Ils construisaient des fortifications le long du rivage et rôdaient autour de la villa. Il fallait éteindre la lumière et faire semblant d’être morts. »


février 08, 2012

*** STARRING ***

Cahier Calligraphe gris, 21 x 29.7, 96 p., 70 g. Des grands carreaux. Ecrit noir sur blanc. Silence! On tourne. A droite, à gauche, la page, les pages. On villégiature au pays où tout est bleu, gris, noir, blanc,ne sais plus trop...

AVANT-PREMIERE

PLEIN-CHAMP. Plages, Boulevards, Palace-Hôtel, petits & borgnes. Vedettes, réclame, Vieux-Beaux, rides et mondanités. Le champagne va couler. Les drogues circuler. C'est sûr. Avec la collaboration de Français, Allemands, Italiens, Dominicains, Hindous, Britanniques. Strictly-Private. Hommes. femmes. Grands et nains. A la lettre, toujours au masculin. Quelle injustice entre les genres! Vous n'y voyez rien, trop peu, moi aussi. Le commutateur est à deux pas. L'appareil Box posé sur le bureau. L'obturateur cassé. Et pourtant..clic!..